Abdelghani : Oui, pas de problème... C'est bon, je crois que l'enregistrement a démarré. Oui, c'est parti ! Comment vas-tu Hicham, tu vas bien ?
Hicham : Très bien, Dieu merci Si Abdelghani, que Dieu te bénisse.
Abdelghani : Merci d'avoir accepté notre invitation pour cette émission qui vient tout juste de commencer.
Hicham : Je t'en prie, avec grand plaisir ! C'est un devoir, avec plaisir.
Abdelghani : Merci beaucoup. Hicham, je vais commencer par une question directe : aujourd'hui, si je veux faire 100 kilomètres, quel conseil me donnerais-tu ?
Hicham : 100 kilomètres, que te dire ? C'est une expérience qu'il faut préparer sur tous les plans : le côté physique, le côté mental, le matériel... Tu comprends ? Mais surtout, surtout le côté mental. Parce que tu sais, même sur un marathon ordinaire, quand tu arrives au 30ᵉ ou 32ᵉ kilomètre, tu rencontres ce fameux mur : il y a ceux qui terminent, et il y a ceux qui abandonnent.
Abdelghani : Oui, tout à fait.
Hicham : Tu vois ? C'est la même chose, même sur un 10 km quand tu arrives au 8ᵉ ou 9ᵉ km, le mur se dresse devant toi. Donc ici, le mental joue un rôle capital. Et le côté physique aussi, bien sûr : ce n'est pas seulement la préparation musculaire, c'est surtout au niveau des articulations. C'est là où j'ai rencontré un gros problème personnellement, surtout quand j'ai atteint le 60ᵉ - 62ᵉ kilomètre. Les articulations doivent être extrêmement bien préparées. Quant au matériel, l'idéal... Moi, comme je l'ai fait seul, je n'avais personne avec moi, donc tout mon matériel et mes provisions, je les portais sur mon dos. C'est bien meilleur si quelqu'un t'accompagne.
Abdelghani : D'accord. Mais avant cela, pouvons-nous revenir au tout début ? Parle-moi de la préparation. Par quoi commence-t-on avant de tenter 100 kilomètres ?
Hicham : D'après mon expérience, ce qui m'a aidé... J'ai réalisé ce défi le jour de mon anniversaire l'année dernière, le 5 décembre, pour mes 47 ans.
Abdelghani : 47 ans, que Dieu te préserve !
Hicham : Voilà. Mais ce n'est pas une préparation d'un an seulement. C'est tout ce que j'avais accumulé avant : le bagage d'entraînement et le sport pratiqué depuis ma jeunesse ont joué un rôle déterminant. On ne peut pas dire à quelqu'un qui n'a jamais couru de sa vie : "À 47 ans, va courir 100 kilomètres d'un coup". Ce serait extrêmement difficile.
Abdelghani : Combien de temps faut-il environ pour se préparer avant de tenter les 100 kilomètres ?
Hicham : Je vais te raconter mon histoire, comment la chose s'est passée comme un défi personnel entre moi et moi-même. L'année dernière, pendant le mois de Ramadan, vers le mois de mai, j'ai été hospitalisé. J'ai eu une intoxication sévère. Je ne pouvais presque plus tenir sur mes jambes. J'ai perdu plus de 25 kilos. C'était critique. Je pourrai même t'envoyer des photos si tu veux les intégrer à l'émission pour montrer l'état dans lequel j'étais.
Abdelghani : D'accord.
Hicham : Une fois sorti de la clinique, j'ai repris progressivement la course à pied. Mais je me souviens d'une chose : à cette époque-là, je n'arrivais même pas à boucler 5 kilomètres ! C'était pénible, je courais à une allure de 6:00 ou 6:05 min/km et j'avais un mal fou. Mais petit à petit... Il y a une chose essentielle que je dis à tout le monde et que je te dis : il ne faut jamais baisser les bras. Il ne faut jamais dire "c'est fini", "je suis tombé", ou "je ne pourrai plus me relever". Non, tout est possible, pas à pas. Si tu cherches des excuses, tu en trouveras des milliers devant toi pour ne pas t'entraîner ou ne pas avancer. On a tous des responsabilités, le travail, la famille. Mais malgré tout cela, il faut toujours s'aménager un temps pour soi : dès que j'arrive, je change mes vêtements, j'enfile mes chaussures et je sors courir. Que ce soit le matin, l'après-midi ou la nuit, l'essentiel est de caler ma séance avant de dormir.
Abdelghani : Tu t'entraînais quotidiennement ?
Hicham : Non, au début je courais 4 jours par semaine, puis je suis passé à 5 jours, et actuellement je m'entraîne 6 jours par semaine.
Abdelghani : C'était en préparation d'un marathon ?
Hicham : Tout cela, comme je te l'ai dit, s'est fait par paliers. On ne vise pas 100 kilomètres directement ; il faut progresser étape par étape.
Abdelghani : Et quand as-tu su que tu étais fin prêt pour tenter les 100 kilomètres ?
Hicham : J'ai su que j'étais prêt après avoir couru le semi-marathon de Casablanca l'année dernière, que j'ai terminé très à l'aise. Ensuite, lors d'une sortie en solitaire, je me suis dit que j'allais faire un marathon d'entraînement, faire 42 km pour évaluer mon niveau. Ma montre de sport s'est déchargée en cours de route, et c'est mon téléphone qui a continué à enregistrer la distance. Je courais sans trop savoir où j'en étais... jusqu'au moment où je me suis arrêté et j'ai regardé l'écran : j'avais atteint 65 km !
Abdelghani : (Rires) Ça s'est transformé en belle surprise !
Hicham : Je voulais faire 42 km et je me suis retrouvé à 65 km ! C'est là que l'idée m'est venue. Je me suis dit : "Pour mes 47 ans, pourquoi ne pas faire 47 × 2 = 94 km ?". Et 94 km, c'est précisément la distance entre la gare de Rabat-Ville et Casa-Port par la route côtière. C'était mon objectif initial. Mais ensuite, je me suis dit : "Peut-être que l'année prochaine tu ne pourras pas le refaire, alors pousse jusqu'aux 100 km tout ronds !".
Abdelghani : Et tu as trouvé les kilomètres manquants ?
Hicham : Effectivement ! Entre Bouznika et Mohammedia, j'ai fait un détour dans la forêt pour ajouter les 6 km nécessaires, et Dieu merci, tout s'est bien goupillé.
Abdelghani : Peux-tu nous raconter la journée de cette course ? Si je me rappelle bien, tu n'avais pas beaucoup de matériel, juste un sac à dos ordinaire...
Hicham : Un sac à dos classique, du matériel très standard. Et je n'avais personne pour m'accompagner car malheureusement, l'ami qui devait courir avec moi et toute sa famille ont attrapé une grosse grippe deux ou trois jours avant. Le destin a voulu que je parte seul.
Abdelghani : Tu as pris le train pour Rabat dès le matin ?
Hicham : Oui. La nuit précédente, je n'ai quasiment pas fermé l'œil : tu dors une heure et tu te réveilles, tu dors deux heures et tu te réveilles. J'ai pris le deuxième train au départ de Casa-Port et je suis descendu à Rabat-Ville.
Abdelghani : Vers quelle heure as-tu commencé à courir ?
Hicham : J'ai démarré vers 7h00 du matin environ. J'ai fait mes échauffements aux abords de la gare, puis je suis parti.
Abdelghani : Tu es descendu directement vers la route côtière ?
Hicham : Tout à fait. Je suis descendu de la gare par l'avenue Mohammed V devant le Parlement, puis j'ai traversé vers l'ancienne médina pour attraper la route côtière. Ensuite, j'ai enchaîné l'itinéraire : Rabat, Témara, Skhirat, Bouznika, Mohammedia.
Abdelghani : J'habitais à Skhirat et je connais très bien ce trajet. Il est vraiment agréable entre Rabat, Skhirat et même jusqu'à Bouznika.
Hicham : Vers la fin de Skhirat, il y a même une belle section aménagée avec une piste en tartan, c'était vraiment plaisant de courir là-dessus.
Abdelghani : Jusqu'à Skhirat, as-tu rencontré des difficultés, ou bien étais-tu déjà habitué à ces distances de 20 à 30 km ?
Hicham : Le premier vrai problème est survenu à Bouznika. J'avais une ancienne blessure à la cheville qui s'est réveillée. Heureusement, j'avais prévu du ruban adhésif et des bandes de contention dans mon sac. J'ai bandé ma cheville et j'ai poursuivi ma route.
Abdelghani : Et pour le ravitaillement, tu avais tout prévu dans ton sac ou tu as acheté en cours de route ?
Hicham : J'avais tout emporté au départ, mais quand mes réserves d'eau ont été épuisées, j'ai été obligé d'acheter en chemin. À Mohammedia, je me suis rendu compte que je n'avais plus d'argent liquide sur moi. Je me suis donc mis à chercher un guichet automatique ! (Rires) C'est une des anecdotes qui m'a retardé avant d'entrer sur Casablanca.
Abdelghani : Cela t'a au moins permis de te reposer un peu !
Hicham : Pas du tout, car tu marches et tu cherches ! Le premier distributeur était hors service, le deuxième en panne aussi... J'ai fini par en trouver un qui fonctionnait près de la gare. J'ai voulu entrer dans la supérette de la gare, mais elle était bondée et j'allais perdre trop de temps. Je suis donc ressorti chercher une petite épicerie de quartier (hanout). J'y ai acheté de l'eau et des sucreries, et cela m'a redonné le coup de pouce nécessaire pour relier Mohammedia à Casablanca.
Abdelghani : Le passage de Mohammedia a-t-il été particulièrement dur physiquement ? Les genoux ont-ils souffert ?
Hicham : C'est précisément là que les douleurs articulaires sont apparues, dans les deux genoux. À ce moment-là, la douleur aurait pu me stopper net. Mais dans l'équipement d'un coureur d'ultra, il ne faut pas seulement de la nourriture : il faut des chaussettes de rechange, des bandages et une bombe de froid en spray pour anesthésier la douleur en cas de coup dur.
Abdelghani : Rares sont ceux qui réalisent 100 kilomètres entièrement seuls, sans voiture d'assistance, sans ravitaillement organisé et sans accompagnateur !
Hicham : En vérité, courir totalement seul est une épreuve immense. Quand quelqu'un est à tes côtés, il te distrait, vous discutez...
Abdelghani : Même en se relayant : un ami court 20 km avec toi, un autre t'attend au 20ᵉ suivant.
Hicham : Exactement. Alors que là, j'étais seul avec une batterie externe pour recharger mon téléphone et deux paires d'écouteurs : quand la première s'est déchargée, j'ai mis la seconde pour tenir bon jusqu'au bout.
Abdelghani : Quand l'envie d'abandonner te traversait l'esprit, qu'est-ce qui t'a empêché de lâcher ?
Hicham : Là, je dois remercier chaleureusement toute la communauté des Adidas Runners. Ils m'attendaient à la gare d'arrivée à Casa-Port, donc je n'avais tout simplement pas le droit d'abandonner ! Ils me suivaient sur mon téléphone : "Ça va ? Tu tiens le coup ? Tu as besoin de quelque chose ?". Merci à chacun d'entre eux. Sachant qu'ils étaient là à m'attendre, abandonner était impensable, sauf si mes jambes cessaient physiquement de fonctionner.
Abdelghani : Tu ne pouvais pas non plus t'arrêter trop longtemps en chemin ?
Hicham : Mes arrêts ne dépassaient jamais entre 5 et 10 minutes maximum. Juste le temps de satisfaire un besoin naturel, avaler une collation légère et repartir immédiatement. Si tu t'arrêtes plus longtemps, tes muscles refroidissent et tes jambes se figent complètement. Sur des distances supérieures à 100 ou 120 km, on peut scinder l'effort, faire 60 km puis 60 km avec 30 à 45 minutes de pause. Mais sur un 100 km d'une traite, toute la beauté réside dans la continuité de l'effort.
Abdelghani : À quelle heure es-tu arrivé à Casablanca ?
Hicham : Je suis arrivé un peu tard, aux alentours de 20h00, 20h15 ou 20h30, je ne me souviens plus de la minute exacte.
Abdelghani : En somme, plus de 12 heures d'effort continu. Avais-tu un objectif chronométrique précis, ou le but était-il uniquement de finir ?
Hicham : J'avais un objectif de temps au départ, lorsque mon ami devait m'accompagner et porter une partie de la charge. Mais en me retrouvant seul à porter un sac de 13 à 15 kilos sur le dos, j'ai oublié le chrono. Pour cette première expérience, ma priorité absolue était de franchir la ligne d'arrivée.
Abdelghani : Si quelqu'un veut reproduire cette aventure, quels conseils d'équipement lui donnerais-tu ?
Hicham : La première recommandation, c'est d'avoir un accompagnateur pour porter le matériel. Ensuite, être très bien équipé : bouteilles d'eau, électrolytes, gels, en-cas, barres énergétiques... Et même des aliments que l'on déconseille en temps normal lors des entraînements quotidiens, mais qui deviennent indispensables dans ce genre de moments : une petite canette de Coca-Cola pour faire remonter le sucre instantanément en cas de coup de pompe, et des chips pour restaurer rapidement le taux de sodium. Ce sont des choses à éviter au quotidien, mais salvatrices sur un ultra.
Abdelghani : Quand tu es arrivé, tout le groupe t'attendait, n'est-ce pas ?
Hicham : Oui ! Il y avait Siham, Yasser, Youssef, Mehdi, Achraf... et je demande pardon à ceux que j'oublie tellement j'étais épuisé ce soir-là !
Abdelghani : Et certains te suivaient en direct sur l'application Adidas ?
Hicham : Oui, sur l'applicationAdidas Running. Tout au long de la route, j'entendais les alertes et les notifications de ceux qui m'encourageaient en direct.
Abdelghani : Qu'est-ce qui t'a le plus soutenu mentalement ? Pourquoi avoir choisi ce défi de 100 kilomètres en particulier ?
Hicham : Sincèrement, mon frère Abdelghani, pendant la période où j'étais hospitalisé, j'ai vu la mort en face. Mes jambes ne me tenaient plus. Je me suis dit : "Hicham, c'est le moment de réaliser quelque chose qui en vaille la peine." Voilà, cela fait bientôt un an, et les gens continuent d'en parler dans ma famille, auprès de mes collègues de travail... J'ai laissé une trace mémorable. Et cette année, il y aura un autre défi de 100 kilomètres, mais conçu différemment, quelque chose de nouveau si Dieu le veut.
Abdelghani : Bon courage Hicham ! Une toute dernière question : après ces 100 kilomètres, en quoi cela t'a-t-il transformé ? Le Hicham d'avant est-il le même que celui d'après ?
Hicham : Cela m'a énormément apporté. Pouvoir te dire que tu as accompli et terminé 100 kilomètres à cet âge-là... Cela modifie ton regard sur tout : au travail, dans ta vie personnelle, dans l'éducation de ma fille. Pour moi, le mot "impossible" n'existe plus. Tout est possible, tout est faisable. Il suffit d'avoir de la discipline, de la persévérance, du respect et de l'amour pour ce que l'on fait. Donne à tes projets ce qu'ils méritent et ils te le rendront au centuple, que ce soit dans les études, au travail ou dans la vie : tout ce que tu traites avec valeur finira par t'enrichir en retour.
Abdelghani : Merci beaucoup Hicham, merci d'avoir passé ce moment avec nous et d'avoir partagé ton histoire inspirante.
Hicham : Avec grand plaisir !
Abdelghani : Bravo à toi et à très bientôt si Dieu le veut.
Hicham : Si Dieu le veut. Au revoir !
Abdelghani : Au revoir.